Je suis réveillé par le léger choc de l'arrimage et je regarde autours de moi, pendant un instan, je me demande où est-ce que je suis... puis les souvenirs reviennent, avec la force d'une marée, inrresistible...
l'équilibrage des pressions se fait et l'écoutille s'ouvre en silence.
Le hangar est lumineux avec quelques poutrelles fines et harmonieuses. Dehors, la clarté des étoiles sur le satin noir à travers les baies vitrées... décidément, l'architecture spatiale et planétaire n'ont vraiment rien en commun.
Un tube de verre holographique relie le berceau de l'Ithaca et le palais à proprement parler.
D'un mouvement habile du pieds, je me propulse à travers pour arriver en douceur à l'autre bout, dans un magnifique j'ardin où les plantes poussent à 0g
J'arrive à l'accueil et me remet à marcher lorsque je passe par les champs de forces d'atténuation pour retomber à une gravité proche de 1.
La secrétaire de l'accueil m'attend avec un sourire Ultra-Brite et une voix charmante...
« Bienvenue au palais gouvernemental, que puis-je faire pour vous ?
- Je suis le capitaine Marc ORIAM, et je dois voir le Sénateur BORGINK.
- Je vais voir s'il peut vous recevoir.
- Je vous en prie... »
Elle tape quelques mots sur son ordinateur personnel et me tend un badge de visiteur.
« Le sénateur vous attend, troisième ascenseur, huitième niveau allée centrale, bureau 1745 gardez votre badge bien en évidence et passez une bonne journée...
- Vous êtes bien aimable mademoiselle. »
J'accorche le badge à mon revers de chemise, gratifie la réceptionniste d'un grand sourire et me dirige vers l'ascenseur indiqué...
Mes semelles crissent légèrement dans la moquette épaisse au motifs de l'Empire Solarien.
Les gardes des différents postes jettent à peine un oeil à mon badge avant de me laisser passer.
Quelques minutes plus tard, je suis devant deux épaisses portes en bois plein, celles-ci s'ouvrent dans un petit tintement.
Le bureau est lumineux. Austère, il est quand même spacieux et confortable, en toute simplicité.
Une immense baie vitrée se trouve derrière le fauteuil du Sénateur, un épais rideau de velours rouge en obstrue une partie.
Le sénateur en lui-même est un homme bedonnant d'environ cinquante ans, bedonnant, la figure joviale, le visage rubicond. Ses yeux brillants et perçants traduisent une intelligence redoutable.
En face de moi le représentant de deux milliards d'êtres du secteur de BOPHOS...
Il porte un costume gris anthracite sur mesure...
Si c'est un vétéran de la FSF, et bien la politique, ça ramollit n'importe qui...
Il vient vers moi, le visage radieux, en me tendant la main, que je serre. Sa poigne est forte et ferme. Finalement, pas si ramolli que ça le vétéran.
« Monsieur ORIAM, quel plaisir...
- Toute la joie est pour moi, monsieur.
- Pas de ça entre nous Marc. Allons, depuis combien de temps ? Six mois ? Onze mois sans signes de vie... J'ai eu vraiment peur pour vous, surtout depuis la mort de l'agent FONTAINE. J'ai bien cru qu'ils vous avaient eu. »
Le Sénateur va s'installer dans son confortable fauteuil en véritable cuir de Skouales synthétique et d'un geste ample m'invite à m'asseoir dans un des fauteils en vis à vis... un geste simple, et dans sa main apparaît un cigare Cubanoïde... d'un signe de tête je le remercie, mais je ne fume pas... ça me rend malade... il hausse les épaules et se carre dans son fauteuil.
« Dommage que vous ne vouliez pas en profiter, ils sont exceptionnels cette année...
- Non merci, je m'en passerais bien.
- Alors, je ne pense pas que vous soyez venu pour une petite visite de courtoisie...
- Non, pas vraiment en fait...peut être pourrez-vous m'expliquer certaines choses.
- Je suis tout ouïe.
- Tout d'abord, comme prévue, voici la liste qui m'a été transmise par un intermédiaire... il me semble que cela pourrait vous intéresser...
- Et comment... »
Le Sénateur s'empare de la liasse que je lui tend et y jette un oeil. Son visage prend un air réellement surpris.
« - Je ne comprend pas vraiment... il y a là les noms de l'ensemble des membres du Sénat...
- Au départ, nous n'y comprenions rien non plus, mais nous avons pu isoler une liste de dix noms avec des incohérences notoires... la voici... »
Je fais glisser une nouvelle feuille de papier vers le Sénateur, et son visage s'éclaire.
« Haha ! Je le savais. Nous pouvons lancer la phase 3 alors ?
- Pas exactement, justement, pour ça il faudrait que je sois en mesure de répondre à quelques questions...
- Comment cela ?
- Avant tout, j'aimerais être sûr de saisir toutes les implications. De plus, sans vouloir faire mon rabat-joie... la Récupération Totale de Mémoire a été un échec complet, et c'est au fur et à mesure que j'assemble les éléments, pour le moment, je n'arrive pas à voir le schéma d'ensemble, mais peut être pourrez-vous m'aider... »
Le visage du Sénateur s'assombrit légèrement, et ses sourcils se froncent dans l'attente de mes paroles...
« Je vous écoute ?
- Et bien, d'après plusieurs choses que j'ai pu saisir, j'ai officiellement subi une Oblitération Selective de Mémoire... opération benigne et temporaire... or, cette opération est parfaitement reversible et ceci, sans soucis. Mais si la RTM fut un échec, cela veut dir que je n'ai pas subi une OSM, mais carrément une Altération Artificielle Comportementale Profonde, ce qui est complètement irréversible. Ce traitement est reservé aux prisonniers, criminels irrécupérables et autres traîtres en puissance... Ce qui ne m'explique pas la mémoire des noms et des faits de manière instinctive... A dessein ou pas, il semble que j'ai pu échapper au reconditionnement de force qui suit normalement une 2ACP.
- Et ?
- En théorie, seule la très haute cour de justice peut ordonner un tel châtiment... et il n'existe qu'une seule installation, dans l'amas de Minos.
- C'est sûr...
- Alors pourquoi faites-vous comme si j'avais toujours été votre ami ? Qui ai-je trahi et pourquoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce la directive Oracle qui en est la cause ?
- Non... »
Le visage du sénateur s'est fait soudain particulièrement grave.
« Capitaine, je suis maintenant en politique, j'ignore tout des réalités du travail de terrain des forces de la FSF depuis mon passage il y a presque dix ans que je n'y ai plus mis les pieds... Les conditions ont bien changé, surtout pour les soldats de l'Ombre. »
Cette remarque me coupe le souffle, j'ouvre la bouche pour hurler, mais aucun son n'en sort.
« Vous... vous voulez me dire que vous avez crée le Projet sénatorial d'ABSOLOM sans vous soucier des réalités du terrain ? Vous vous êtes battu pour une théorie du complot sans même savoir où vous mettiez les pieds ? Malgré vos trente années d'expérience en tant que soldat et en tant que général ? Vous ne vous foutez pas un peu de moi en me disant que vous ignorez les réalités actuelles du travail de terrain ?
- Aussi paradoxal que cela puisse paraître, j'en suis navré, mais j'ignore ces faits. »
Je marque un temps d'arrêt, complètement abasourdi.
« Vous vous foutez de moi...
- Non, jeune homme, croyez vous jeune homme que j'étais réellement ignorant des risques que les gens courrent dans ce métier. Ce que je veux dire, c'est que les conditions ont vraiment changé depuis Quarante ans, et que j'ignore tout de la manière dont vous agissez, la pratique, ce n'est plus mon travail... Vous pensiez que j'imaginais prévoir toutes les anicroches ?
- Non monsieur, loin de là, mais je pensais au moins que vous prendriez la mesure de l'ampleur du désastre.
- Il ne tient qu'à vous de changer le cours des choses ?
- Comment ? J'ignore tout des protocoles opératoires, et des réalités que vous abordez...
- Je regrette, mais je ne suis pas capable de vous donner ce que vous souhaitez. Tout ce que je peux vous donner, c'est ceci... il y a quelques années, vous êtes venu me voir et me l'avez confié, en me disant que s'il vous arrivait quelque chose de dramaitque, il faudrait que je vous la restitue... »
Il sort une carte métallique perforée de sa poche de chemise et me la tend.
« Qu'est-ce que c'est ?
- Je l'ignore, c'est vous même qui me l'avez donné, sans vraiment me dire ce que c'était...
- Merci quand même.
- Maintenant j'ai beaucoup de travail, au revoir.
- Au revoir. »
Nous nous serrons la main, ses yeux sont attristés. Je frémis en me dirigeant vers la sortie.
Au dernier moment, je me retourne...
« Sénateur ?
- Oui Marc ?
- Pourquoi ai-je été condamné ?
- Vous avez été trahi... et condamné pour haute trahison, sans publicité et en toute confidentialité...
- Qui ? Qui m'a trahi ? Et pour quelle faute ?
- Un de vos homologues...vous la connaissiez bien apparement... et vous avez été accusé de dissimulation d'informations au profit de l'ennemi... elle avait toutes les preuves... vous aucune...
- Merci de la réponse monsieur. »
Je franchis le seuil de la porte, le regard hagard, j'observe les lieux et me prends à souhaiter que tout ceci finisse dans les flammes... un de mes homologues ? Pour dissimulation d'information ? Au profit de l'ennemi ?
Un seul nom me vient à l'esprit : PARKSON














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