Le toit de l'immeuble est battu par les vents, et il n'y fait pas très chaud, mais c'est un endroit relaxant.
Je m'assied sur le muret qui borde le pourtour de la plateforme.
Le souffle du vent fait claquer mon manteau dans la fraîcheur de la nuit.
Plein est, le soleil va bientôt se lever et illuminer les structures d'acier et de verre, la lumière va rebondir en un instant sur mille fragiles vitres, aube rouge, rouge comme les souvenirs qui me hantent et que je ne reconnais pas... rouge sur la nuit noire, noire, comme le brouillard épais qui engourdis mes souvenirs et ma véritable mémoire...
J'ai envie de crier et de pleurer, mais le vent ne m'y aide pas.
Le hurlement des vents mêlé au bruits de la circulation eveille en moi d'étranges sentiments, l'envie d'abandonner tout, de me plonger dans ma vie actuelle, qui n'est, après tout, pas vraiment très problèmatique. Non, pas vraiment.
Comme disait Jan, j'ai tout, pourquoi tout perdre ? Tout perdre pour connaître une vérité que je ne suis pas sûr de vraiment vouloir connaître ?
Ce sont les règle du jeu ? Quel jeu ? Cette pensée me traverse l'esprit, mais cette pensée ne m'appartient pas... en tout cas, pas entièrement...
Un jeu ? Tout cela ne serait-ce qu'un jeu ? Un jeu des puissants ? Un jeu de puissances politique... avec des enjeux tellements elevés que la vie de personnes vivantes est complètement insignifiante ?
Alors dans ce cas là, je veux savoir, et dans ce cas là, je veux briser les rouages du Jeu...
Par simple respect, nous n'avons pas à jouer avec la vie...
Et si certains le font, ils ne méritent pas le droit de titre d'êtres sentients...
La conscience est un outil formidable, du moins je suppose... pourquoi certains ne semblent-ils pas en être dotés ?
Parce que l'Homme est dans sa nature, un individu inconscient ? Parce que la conscience est un principe inventé par l'Homme, pour l'Homme, afin de pacifier ses intéractions avec autrui ? Afin de ne pas courir à l'auto-destruction ?
Pourquoi pas ? Ce serait tout à fait envisageable...
Tant de pensées qui tournoient ici... et pas l'une d'entre elle ne me semble familière... et pourtant, j'ai le sentiment profond d'avoir déjà eu ce genre de pensées... quand ? Dans une autre vie ?
Probable... une vie antérieure...
La simple pensée me fait vraiment sourire...
Je repense à cette histoire de fous... pourquoi moi ? Pourquoi pas n'importe qui d'autre ? Non, il a fallu que ce soit moi... et pas un autre...
Admettons...
Une rougeur à l'horizon, Aube rouge sur écrin de la nuit pâlissante...
Les étoiles s'effacent peu à peu tandis que la lumière jaillit de sous l'épaisse couche de nuages filant vers le nord...
Rebondissant sur les verrières et les structures filiformes... le treillage et les motifs fugaces dessinés par la lumière...
Je peux sentir et entendre le chant des bâtiments dont les structures externes se réchauffent rapidement avec les éclats de lumière... Il faut partir.
Je me relève et redescend chez moi... un dernier passage, une dernière inspection... tout est en ordre, et Mazzy dort toujours.
Je vais à la cuisine et me saisit d'un stylo et d'une feuille de papier qui traînent sur mon bureau.
« Chère Mazzy,
Cette vie n'est pas la mienne.
Que ta vie soit longue et heureuse, je ne reviendrais pas, garde l'appartement, et fait tourner le Griffon, pas besoin de faire grand choses à part dire bonjour à Lobby et à Beryl de temps à autres...
Tu es officiellement en vacances, tu n'as qu'à dire à REIJIK que j'ai lancé la phase 3 de l'opération.
Je pars, je vais mener cette affaire jusqu'au bout. J'ignore ce que je vais trouver, et j'en ai vraiment peur, je ne veux pas que ma mémoire ne trahisse d'autres personnes que moi-même.
Je ne t'abandonne pas et je pense à toi, mais je ne veux pas que tu sois en danger à cause de moi.
Je vois déjà ta réaction si je t'annonçais ça de vive voix. Tu m'assomerais et me tirerais les oreilles... alors je prend le large maintenant, avant qu'un accident n'arrive. »
Mon mot écrit, une étrange lassitude m'envahit... je n'ai pas envie, et pourtant il le faut. Ma décision est prise.
Comme dans un rêve, je me vois charger l'Ithaca d'affaires diverses, et ordonne le virement des trois quarts de mon compte vers un nouveau compte séparé.
Le fusil et le katana sont dans le coffre de mon appareil...
Sans un bruit, dans un simple souffle, je quitte le berceau de décollage pour une destination qui me fait frémir... le palais gouvernemental...
Je respire un grand coup, de toute façon, revenir en arrière n'est pas compris au programme...
Le pilotage automatique engagé, je bascule mon fauteil et m'offre une petite pause...
Pour la première fois depuis longtemps, je dors d'un sommeil sans rêves... J'ignore si c'est bon signe ou plutôt mauvais, mais ça fait du bien.















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